-Roman,
peux-tu, s'il te plaît, oublier une seconde tes gadgets et reporter
ton attention à ton enseignante et à tes camarades de classe qui
essaient - vainement - de t'intéresser au cours de biologie?
-
Mais, Madame Noisette...
A ce stade, vingt enfants se mirent à rire à l'unisson. Madame Cleemput avait les cheveux bruns et un visage paisible cadrant mal avec l'air sévère qu'elle tentait à l'instant de se composer. Plusieurs générations d'élèves l'avaient affectueusement surnommée "Noisette" et Yvette Cleemput l'acceptait généralement avec le sourire. Aujourd'hui, toutefois, le teint de son visage si placide virait au pourpre. La cinquantaine bien entamée, la brave dame envisageait d'arrêter sa carrière.
A ce stade, vingt enfants se mirent à rire à l'unisson. Madame Cleemput avait les cheveux bruns et un visage paisible cadrant mal avec l'air sévère qu'elle tentait à l'instant de se composer. Plusieurs générations d'élèves l'avaient affectueusement surnommée "Noisette" et Yvette Cleemput l'acceptait généralement avec le sourire. Aujourd'hui, toutefois, le teint de son visage si placide virait au pourpre. La cinquantaine bien entamée, la brave dame envisageait d'arrêter sa carrière.
- ...
la biologie, c'est bien la science de la vie?
-
Ou... oui, ne put que bégayer l'enseignante, au comble de
l'embarras.
-
Alors, sachez que rien au monde ne peut être plus vivant pour moi
que le rendez-vous mensuel des "mille et un amis" sur la
chaîne des rencontres.
-
"Mille et un amis"? Mais enfin, Roman, tu es...
Ici, la quinquagénaire rompue aux difficultés du métier resta figée cinq secondes. Puis, vaincue par le désespoir, lâcha :
- désespérant, dissipé et...
- désespérant, dissipé et...
- un
sale môme, ajouta l'irrévérencieuse tête blonde.
A ce
moment, le volcan de Mary-Lee éclata au milieu de la classe,
déversant ses flots de lave, composée du jus de tomates bien
mûres.
Les
meubles bien astiqués, chaque objet posé bien droit sur les
étagères, le bureau du directeur de l'école présentait tous les
artifices de la plus parfaite ordonnance. Roman était accompagné de
sa maman pour écouter un directeur droit comme un i annoncer qu'il
était exclu des cours pendant une semaine.
Le
lendemain, un mardi, Roman noyait son ennui dans le parc de Japanese
Town. Il songeait aux événements de la veille et éprouvait du
remords d'avoir fait bisquer sa vieille maîtresse. Il était bien décidé à
rentrer chez lui afin d'écrire une lettre d'excuse et était plongé
dans ses pensées lorsqu'il buta sur un grand jeune homme d'aspect
guindé. Ses lunettes aux fines armatures grises lui conféraient une
prestance inouïe. Roman était subjugué et s'excusa derechef. Le
grand lui fit un sourire entendu et trouva ce jeunot tellement
merveilleux avec ses vêtements trop larges aux couleurs d'un
arc-en-ciel – comme sur la Terre - qu'il l'invita à boire un verre
à la terrasse la plus proche. Roman venait de faire la rencontre de
Julius.
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