mercredi 9 juillet 2014

Julius était un grand garçon cultivé. Il passait ses journées à étudier à la bibliothèque. N'ayant pas d'amis de son âge, il avait du temps disponible pour se plonger dans les centaines d'ouvrages répertoriés à la Municipalité. La colonisation de Mars remontait au siècle précédant et peu de Martiens s'intéressaient à l'art mineur de l'écriture. Julius, lui, voulait devenir historien et écrivain. Ce dernier projet lui donnait de fréquents maux de tête. Des migraines dues au vide intersidéral qui se dressait devant lui en matière de formations au métier de romancier. Même reporter était un métier à apprendre sur le tas, pour les plus motivés des scribouillards. Il devait donc apprendre de lui-même mais peu de livres valaient la peine d'être consultés. Les romans, revues et même journaux sur Mars relevaient de l'amateurisme pur. Le niveau frôlait avec les catacombes. Le jeune adolescent était frustré par tant d'incompétence. Mais aujourd'hui, il était préoccupé par un article du journal local; nonobstant les nombreuses fautes de syntaxe et les dizaines de fautes d'orthographe, Julius se captivait pour ce que l'on commençait à appeler "l'affaire du champagne empoisonné". 

Au même instant, en un autre lieu, dans une autre ville, un esprit diabolique se frottait les mains. Il avait convoqué son complice et lui faisait état des résultats de leur opération "Grand vide à l'Octogone". 
- Notre plan s'est déroulé comme prévu. Tu as le droit de partager ma gloire. Bien que ne nous rapportant aucune richesse, cette opération nous apporte bien plus : la puissance! Elle seule dirige notre monde... 
- Mais patron, la puissance dirige tout, pas seulement notre monde, non?
- Peut-être pas... maugréa l'esprit maléfique, ses pensées l'amenant subrepticement à des centaines de milliers de kilomètres de là.

La veille, les agents de sécurité avaient découvert des dizaines de morts rassemblés à la cafétéria de l'Octogone. Empoisonnés alors qu'ils fêtaient la réussite d'un projet ultra-secret. Sur les tables, des verres de champagne à moitié remplis. A leurs pieds, des flûtes cassées en mille morceaux. La population s'était rapidement émue de ces images diffusées sur toutes les chaînes publiques et privées.

Japanese Town. Roman. Jeune gosse éveillé mais facétieux. Aucun sérieux. Passe son temps à faire des blagues à toute sa famille. Désespoir "feint" de ses parents. A l'école : un véritable "Toto".

-Roman, peux-tu, s'il te plaît, oublier une seconde tes gadgets et reporter ton attention à ton enseignante et à tes camarades de classe qui essaient - vainement - de t'intéresser au cours de biologie?
- Mais, Madame Noisette...

A ce stade, vingt enfants se mirent à rire à l'unisson. Madame Cleemput avait les cheveux bruns et un visage paisible cadrant mal avec l'air sévère qu'elle tentait à l'instant de se composer. Plusieurs générations d'élèves l'avaient affectueusement surnommée "Noisette" et Yvette Cleemput l'acceptait généralement avec le sourire. Aujourd'hui, toutefois, le teint de son visage si placide virait au pourpre. La cinquantaine bien entamée, la brave dame envisageait d'arrêter sa carrière.
- ... la biologie, c'est bien la science de la vie? 
- Ou... oui, ne put que bégayer l'enseignante, au comble de l'embarras.
- Alors, sachez que rien au monde ne peut être plus vivant pour moi que le rendez-vous mensuel des "mille et un amis" sur la chaîne des rencontres.
- "Mille et un amis"? Mais enfin, Roman, tu es...

Ici, la quinquagénaire rompue aux difficultés du métier resta figée cinq secondes. Puis, vaincue par le désespoir, lâcha :
- désespérant, dissipé et...
- un sale môme, ajouta l'irrévérencieuse tête blonde.

A ce moment, le volcan de Mary-Lee éclata au milieu de la classe, déversant ses flots de lave, composée du jus de tomates bien mûres. 

Les meubles bien astiqués, chaque objet posé bien droit sur les étagères, le bureau du directeur de l'école présentait tous les artifices de la plus parfaite ordonnance. Roman était accompagné de sa maman pour écouter un directeur droit comme un i annoncer qu'il était exclu des cours pendant une semaine.


Le lendemain, un mardi, Roman noyait son ennui dans le parc de Japanese Town. Il songeait aux événements de la veille et éprouvait du remords d'avoir fait bisquer sa  vieille maîtresse. Il était bien décidé à rentrer chez lui afin d'écrire une lettre d'excuse et était plongé dans ses pensées lorsqu'il buta sur un grand jeune homme d'aspect guindé. Ses lunettes aux fines armatures grises lui conféraient une prestance inouïe. Roman était subjugué et s'excusa derechef. Le grand lui fit un sourire entendu et trouva ce jeunot tellement merveilleux avec ses vêtements trop larges aux couleurs d'un arc-en-ciel – comme sur la Terre - qu'il l'invita à boire un verre à la terrasse la plus proche. Roman venait de faire la rencontre de Julius.


samedi 21 septembre 2013

Théopole. Julius. Maison confortable. Goût pour l'histoire. Ecole fondamentale. Enfant avancé. Passe son temps à la "bibliothèque" de l'école supérieure attenante. Pas souvent chez lui. Consulte les articles culturels en ligne. Quelques courtes pauses et rencontre Oli par hasard.