Julius était un grand garçon cultivé. Il passait ses journées à étudier à la bibliothèque. N'ayant pas d'amis de son âge, il avait du temps disponible pour se plonger dans les centaines d'ouvrages répertoriés à la Municipalité. La colonisation de Mars remontait au siècle précédant et peu de Martiens s'intéressaient à l'art mineur de l'écriture. Julius, lui, voulait devenir historien et écrivain. Ce dernier projet lui donnait de fréquents maux de tête. Des migraines dues au vide intersidéral qui se dressait devant lui en matière de formations au métier de romancier. Même reporter était un métier à apprendre sur le tas, pour les plus motivés des scribouillards. Il devait donc apprendre de lui-même mais peu de livres valaient la peine d'être consultés. Les romans, revues et même journaux sur Mars relevaient de l'amateurisme pur. Le niveau frôlait avec les catacombes. Le jeune adolescent était frustré par tant d'incompétence. Mais aujourd'hui, il était préoccupé par un article du journal local; nonobstant les nombreuses fautes de syntaxe et les dizaines de fautes d'orthographe, Julius se captivait pour ce que l'on commençait à appeler "l'affaire du champagne empoisonné".
Au même instant, en un autre lieu, dans une autre ville, un esprit diabolique se frottait les mains. Il avait convoqué son complice et lui faisait état des résultats de leur opération "Grand vide à l'Octogone".
- Notre plan s'est déroulé comme prévu. Tu as le droit de partager ma gloire. Bien que ne nous rapportant aucune richesse, cette opération nous apporte bien plus : la puissance! Elle seule dirige notre monde...
- Mais patron, la puissance dirige tout, pas seulement notre monde, non?
- Peut-être pas... maugréa l'esprit maléfique, ses pensées l'amenant subrepticement à des centaines de milliers de kilomètres de là.
La veille, les agents de sécurité avaient découvert des dizaines de morts rassemblés à la cafétéria de l'Octogone. Empoisonnés alors qu'ils fêtaient la réussite d'un projet ultra-secret. Sur les tables, des verres de champagne à moitié remplis. A leurs pieds, des flûtes cassées en mille morceaux. La population s'était rapidement émue de ces images diffusées sur toutes les chaînes publiques et privées.